
Du 10 au 20 Juillet 2013, Europride 2013 fédère les talents de trois commissaires pour proposer EXHIBITION, une exposition emblématique et historique des oeuvres d’artistes, hommes et femmes, souvent homosexuels mais pas exclusivement, ayant pour dénominateur commun le corps en tant que médium de l’art dans les avant-gardes, de l’après-guerre à nos jours.
Une grande partie de l’exposition est consacrée au film de création et au documentaire : courtes, expérimentales mais déterminantes, ces vidéos sont souvent inédites, sous exposées, sous estimées voir mises au ban et réservées jusqu’alors à quelques spécialistes, précisément parce qu’elles traitent plus ou moins crûment du corps et émanent souvent d’artistes homo.
De fait, leur projection en boucle et en contigüité spatiale fera date dans la capitale culturelle du moment. Les artistes très connus, ayant également vu certaines de leurs oeuvres «mineures» marginalisées, l’exposition consacre une partie de son espace à ces talents.
ENJEUX
Historique & thématique
À l’occasion de l’EuroPride, manifestation d’envergure internationale qui se tiendra en outre à la mi-temps de l’année où Marseille est Capitale Européenne de la Culture, l’exposition entend elle aussi faire date. Notamment par la projection de films qui auront marqués l’histoire du film et/ou de la vidéo d’avant-garde.
La plupart de ces oeuvres, connues de rares spécialistes et autres historiens de l’art, n’ont jamais été vues en un seul et même lieu susceptible d’accueillir le grand public. Pourquoi ? Précisément parce que ces films émanent tous d’artistes qui, même si nombre d’entre eux sont désormais célèbres, ont alors été marginalisés par – précisément et primo : le sujet même de ces oeuvres, à savoir le corps (et la dimension sexuelle, implicite ou explicite, que cette thématique engage a fortiori) ; secundo, ils l’ont été par l’adoption délibérée du film ou de la vidéo au détriment des disciplines traditionnelles de l’art (peinture, sculpture, etc.).
Tertio, et last but not least, nombre de ces artistes étaient des homosexuels qui, en outre, se sont souvent impliqués dans les luttes symboliques (« fin de l’art », performance, body art, art conceptuel…), féministes, politiques (Droits civiques, décolonisation, Vietnam, 1968…) et/ou écologiques (Land Art…) Raison pour laquelle la sélection de ces films, datés de l’après-guerre à nos jours, comporte une majorité d’oeuvres réalisés pendant les années 60-70.
Critique & militant
La plupart des protagonistes de cette histoire du film expérimental étaient des pionniers et, par extension, des militants. L’exposition rappelle ainsi aux spectateurs qu’il fut tout une époque, bien plus récente qu’on ne le suppose d’emblée, où l’avant-garde artistique – minorité parmi les minorités – était inséparable d’un certain militantisme et/ou d’un activisme certain.
Or, l’une des raisons pour lesquelles les films en question ont été jusqu’ici largement sous-exposés, sous-estimés voire maudits, c’est précisément qu’ils sont d’autant plus critiques qu’ils émanent souvent d’artistes homosexuels qui, de surcroît, traitent plus ou moins crûment des corps individuels et/ou sociaux, qu’ils soient plus ou moins asservis, torturés et/ou indûment sexués.
L’une des oeuvres la plus emblématique à cet égard est celle de Vito Acconci (http://www.ubu.com/film/acconci_conversions.html) où ce dernier procède, à même son propre corps, à un devenir femme aussi opiniâtre qu’extravagant et laborieux. À l’heure où le mariage dit gay fait l’objet d’une résistance de mauvais aloi chez une fraction oligopsychique et rétrograde de nos contemporains, il va sans dire qu’une telle oeuvre a conservé toute sa fraîcheur… critique.
Portée critique qui, à n’en pas douter, précède aujourd’hui encore et de fort loin, toutes nos soit disant actualités, qu’elles soient d’ordre artistique, social et/ou politique.
Topographique & plastique
La projection – concomitante et contigüe – de ces oeuvres relativement «mineures», souvent courtes et réalisées par des artistes volontiers concernés par la question des minorités, confrontent donc, – en marge du mainstream majoritaire ou démagogique auquel sacrifient la plupart des manifestations culturelles contemporaines qui ne déclinent plus que des postures ou des formes immunisées, dégénératives ou réifiées de la dissidence esthétique –, des questions d’actualité (mariage, adoption, PMA , etc.) à des problématiques inactuelles, intempestives ou virtuelles.
Ce faisant, elle conjugue les unités de temps (avènement du film comme médium expérimental dans l’art des avant-gardes), d’espace [murs d’images (é)mouvantes] et d’action [des corps actuels et/ou virtuels (ou biotechnologiques)].
De telle sorte que la configuration plastique ou scénographique même de l’espace d’exposition ou mieux, d’exhibition, parvienne à mobiliser – voire à paniquer – le corps du visiteur lui-même.
Afin que, comme dans le théâtre de la cruauté d’Artaud, ce corps puisse enfin « danser, des paupières couple à couple avec des coudes, des rotules, des fémurs, et des orteils et qu’on le voie”. Un peu donc aussi comme lors de la première projection de l’Entrée en gare d’un train à La Ciotat des frères Lumière.
Art vivant
En écho des projections et en lien avec la vidéo du mariage Fluxus de George et Billie Maciunas http://www.youtube.com/watch?v=AVDB1oy1O8s), 3 à 6 artistes contemporains interviennent sur le thème du mariage dont on connait l’actualité.
A ce stade du projet, sont retenus Tsuneko Taniuchi, Caroline Hanny et Pascale Stauth & Claude Queyrel. Chacun de ces artistes – une performeuse, une styliste et un couple d’artistes – travaille sur ce rite universel.
D’autres performances animent le lieu pendant la durée de l’exposition et affirment la certitude que le corps est vivant, porté à travers le monde par le talent d’artistes de toutes disciplines. Ces ambassadeurs nomades sont allés ailleurs pour montrer ce qui se passait ici puis sont retournés ici pour nous dire ce qui se passe ailleurs.
LES COMMISSAIRES
Jean-Charles Agboton-Jumeau :
Jean-Charles Agboton-Jumeau est critique d’art et commissaire d’exposition. Ancien directeur de l’Ecole supérieure des beaux-arts de Cherbourg, il a publié de nombreux articles et contribué notamment aux catalogues d’exposition de Robert Milin au Palais de Tokyo (2004), de Claude Rutault au musée Bourdelle (2005), de Hartung en Chine à Pékin (2005) ou de January 2009, 5-31 à Cherbourg (2009).
Julien Blaine :
Julien Blaine est né en 1942, à Rognac, Il vit à Ventabren et à Marseille et nomadise le plus possible. (Dénommé aussi Christian POiTE ViN (patronyme) et d’une ribambelle d’autres noms ÉDITEUR de Doc(k)s et d’une ribambelle d’autres périodiques.
AUTEUR de 13427 poëmes métaphysiques et d’une ribambelle d’autres livres et catalogues.
EXPOSANT de du sorcier de V. au magicien de M. et d’une ribambelle d’autres expositions, a présenté en mai 2009 une importante exposition au [mac] Musée d’Art Contemporain de Marseille : un Tri.
ORGANISATEUR des Rencontres Internationales de Poésie de Tarascon et d’une ribambelle d’autres manifestations.
FONDATEUR du Centre International de Poésie de Marseille (C.I.P.M.) et d’une ribambelle d’autres espaces culturels.
Pour en savoir plus : www.documentsdartistes.org/blaine
Marc-Antoine Serra :
Né en 1971 à Arles, il vit à Paris. Graphiste de formation, directeur artistique du magazine Têtu durant 6 années, il collabore avec des artistes et des photographes comme David Armstrong, Assume vivid astro focus, Bruce Labruce, Christophe Chemin, Pascal Colrat, Bernard Faucon, William Klein, Jean-Baptiste Mondino, Walter Pfeiffer, Pierre et Gilles, Jack Pierson, Lise Sarfati, des écrivains et poètes.
Il co-dirige Bazar Edition et publie Autobiographie en photomatons de Pierre et Gilles en 2011. Il réalise des portraits vidéos de musiciens, d’artistes et d’écrivains.
Depuis fin 2012 il co-anime une revue de littérature «La Gazette de Jockeys Camouflés».
Coordination GRACE CASTA




